Calanques et plages à la merci de la station d’épuration…

Calanques et plages à la merci de la station d’épuration…

Marseille n’a créé sa station d’épuration qu’en 1987, faisant alors figure d’exemple à ne pas suivre, puisqu’une charge polluante d’1,5 M d’habitants était déversée par un grand collecteur (inauguré en 1890) vers la calanque de Cortiou, entre Marseilleveyre et la calanque de Sormiou, comme c’est toujours le cas aujourd’hui, et désormais en plein cœur marin du parc national des Calanques. Cette station, enfouie sous le stade Delort (8e arr.), procédait à un traitement dit « préliminaire » (dégrillage, déshuilage et dessablage) puis « primaire » des eaux sales (physico-chimique). Ce n’est qu’en 2008 qu’une station moderne, autorisée par arrêté préfectoral du 16/01/2004, fut opérationnelle (« Géolide »), réalisant pour les 18 communes de la communauté urbaine MPM un traitement « secondaire » des eaux, soit un traitement biologique (dans 34 bassins avec biofiltration par billes de polystyrène) permettant de réduire considérablement les MES (matières en suspension) et MO (matières organiques ou oxydables).

Seulement, les eaux ainsi filtrées continuent de se déverser dans l’anse de Cortiou, avec une charge polluante qui demeure élevée : détergents, hydrocarbures, agents nettoyants, PCBs, métaux, substances pharmaceutiques, etc. (voir article Pr. Augier), dont les effets sur la faune et la flore marine sont importants, surtout au vu de leurs volumes, de l’ordre de 300.000 m3 par jour, chaque jour de l’année (voir H. Augier, Calanques, scandale et laxisme d’un parc national, Libre & Solidaire, 2014).

Des effets nocifs de ces rejets ont été mesurés par des scientifiques, mais aucune étude sérieuse et complète n’a été menée. La seule a porté en 2009 sur un projet d’émissaire en mer, c-a-d de prolongation des collecteurs de Cortiou (dits « émissaires ») vers le large, cherchant ainsi à limiter les rejets sur les plages et littoraux sensibles. Ses conclusions n’ont pas convaincu les autorités, tant il paraît aberrant de déplacer la pollution plutôt que la réduire, outre le coût faramineux d’un tel ouvrage et son impact sur les fonds marins. Ce scénario est pourtant le seul inscrit dans la charte du parc national des Calanques, avec l ’option « zéro-rejet » en mer. Le décret du 18/04/2012 créant le parc national des Calanques donne à cette charte le soin de préciser les modalités d’application des mesures de protection qu’il pose et la charte fait l’objet de luttes acharnées entre les divers groupes de pression lors ses diverses révisions.

Pour parer aux rejets de Géolide, la charte du parc prévoit d’« étudier si de nouvelles solutions techniques sont susceptibles d’améliorer l’efficacité du traitement » (p. 79). La solution est pourtant bien connue mais mérite d’être affinée : le traitement tertiaire à 100 % des eaux de Géolide (par osmose, filtration, ozonation, etc.), permettrait d’obtenir une eau non polluante et recyclable, voire même potable (cas de Windhoek, capitale de la Namibie). Ce traitement, réalisé dans une série de villes (Cannes, Barcelone, Berlin), possède un coût élevé mais une plus-value environnementale certaine.

Il figure parmi les actions incontournables et prioritaires, avec la dépollution de l’Huveaune et la limitation des rejets non traités ou illicites (à Marseille comme à Cortiou), tant pour le parc des Calanques que pour la qualité des eaux de baignade à Marseille. En effet, la directive européenne 2006/7/CE, laquelle remplace la directive 67/160/CEE depuis le 01/01/2015, impose des seuils de tolérance aux polluants bactériologiques que plusieurs plages marseillaises ne seraient pas en mesure de respecter (le Prado et peut-être Le Prophète et une partie des Catalans).

A ce jour, MPM se lance dans la construction fort coûteuse (55 M d’euros) d’un bassin de rétention (ou bassin d’orage) sous le stade Ganay, toujours dans le 8e arr., bassin de 50.000 m3 qui recevra début 2018 les surplus d’eau des orages excédant la capacité de la station Géolide, que ce soit du réseau unitaire ou du réseau séparatif-tronc commun, outre la vidange de la station Géolide, toutes choses qui ravissent le voisinage, lequel n’a même pas eu droit à une enquête publique ou étude d’impact…

Car il faut dire que Géolide a été construite en sous-capacité, sachant que par temps de fortes pluies elle ne pourra absorber les volumes charriés par ses effluents et qu’une série de déversements d’eaux usées ou salies se feront donc directement vers Cortiou, sans traitement. Le bassin Ganay, qui doit permettre de ramener de 40 à 20 ces déversements annuels (maximum admis par l’UE), va dans le bon sens mais demeure très insuffisant pour résoudre tant l’existence de déversements non traités à Cortiou (l’arrêté préfectoral autorisant Géolide avait prescrit en 2004 des bassins pour 90.000 m3) que plus généralement la pollution des eaux marines, de sorte que cette action était estimée comme relevant d’une priorité moyenne. Conçu par la SERAM, ce projet fut présenté par MPM puis retenu par le préfet, suivant arrêté du 29/10/2014.

Mais la confiance règne, après que les 3 délégations de service public de la SEM (filiale de VEOLIA) pour l’eau et l’assainissement zones est et ouest, et celle de la SERAM (filiale de SUEZ) pour l’assainissement zone centre, accordées pour 15 ans par contrats du 27/11/2013, ait été vertement critiquée par la chambre régionale des comptes le 13/02/2014 pour défaut de transparence des critères de choix, résultats (et frais de siège) trop élevés et économie du contrat très favorable au délégataire, durée excessive du contrat pouvant être assimilée à une aide étatique, et bien sûr risque d’augmentation du prix pour les usagers dès 2015…

Le contrat d’agglomération entre MPM, l’Etat et l’Agence de l’eau, signé le 10/07/2014, prévoit un budget de 185,6 M d’euros sur 5 ans, avec 100 M affectés aux bassins d’orage ou de rétention, 57 M à la mise en conformité de Géolide (mais toujours sans traitement tertiaire)… et seulement 7,6 M et 8,7 M consacrés à l’amélioration des eaux de l’Huveaune et de baignade du littoral. On ignore l’efficacité de ce plan, qui profite d’abord aux grosses entreprises du BP et dont le bassin Ganay absorbe déjà près du tiers. Et on se demande pourquoi ces actions, qui prennent du temps, ne débutent qu’en 2014, l’année précédant l’échéance européenne.

Bonne chance au parc et suspens pour les plages marseillaises…

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