Grande mosquée de Marseille : une duperie municipale sur le dos des musulmans.

maquette de la grande mosquée de Marseille

Lorsqu’en 2006 fut réveillé le projet d’une grande mosquée à Marseille, vieille et légitime revendication d’une communauté musulmane comprenant un tiers de la population marseillaise, la municipalité Gaudin accepta enfin de prêter un terrain adéquat, une friche de 8.616 m2 (dont un bâtiment délabré de 2.555 m2) située sur le site des anciens abattoirs de Saint Louis, 326 chemin de la Madrague ville, Marseille 15e, dans une ZAC en cours d’aménagement.
Le bénéficiaire de ce prêt était une association regroupant tous les courants de l’islam, ainsi que des personnalités de la société civile, dénommée « La mosquée de Marseille » et créée sous l’impulsion de Soheib Bencheikh et Abderrahmane Ghoul, à cette époque respectivement Grand Mufti de Marseille et président du CRCM (conseil régional du culte musulman).
Ce prêt fut conclu sous la forme d’un bail emphytéotique administratif, formule prévue par l’article L. 1311-2 du CGCT afin notamment de pouvoir soutenir la création de lieux de cultes sans violer l’interdiction faite par la loi du 09/12/1905 de les subventionner. Dans la pratique, il s’avère que ces baux sont tous conclus pour des loyers symboliques. Ce fut le cas ici mais pas pour longtemps, car un premier bail voté le 17/07/2006 fut annulé par le tribunal administratif tribunal administratif le 17/04/2007 (sur requête de voisins et membres du FN) au motif que le loyer constituait une aide détournée, ce qui semblait exact s’agissant de 300 euros par an pour un bail de 99 ans. Et voici donc un bail conclu le 31/07/2007 cette fois pour 2.000 euros par mois et une durée de 50 ans, avec à ce terme la remise gratuite de la grande mosquée à la ville (bail encore attaqué mais validé par arrêt du 20/12/2011). Toutefois, le tribunal administratif s’était trompé, car le Conseil d’Etat jugea par arrêt d’Assemblée du 19/97/2011 qu’un loyer symbolique était parfaitement légal en la matière (même solution de la cour d’appel de Versailles le 03/07/2008). Mais le loyer de la grande mosquée de Marseille, ainsi lourdement surestimé, ne fut jamais revu à la baisse…
En outre la mairie imposa à l’association 3 conditions « spéciales ».
Premièrement, prendre la forme d’une association cultuelle régie par la loi du 09/12/1905 (et non par la seule loi du 01/07/1901), ce qui n’avait pas de sens, puisque ce statut est réservé à celles qui « exercent un culte », alors que cette association a pour objet la construction d’une mosquée. Mais ce statut est plus contraignant et interdit toute forme de subvention (notamment du conseil général), alors que les autres associations construisant et gérant des mosquées à Marseille bénéficient du seul statut d’association loi 1901.
Deuxièmement, le projet ne pouvait recueillir plus de 20 % du montant des travaux HT du même donateur, soit ici 2 M d’euros. Ceci pour éviter la main-mise d’un pays étranger ou de ses ressortissants sur la grande mosquée, comme c’est le cas à Paris (Algérie), Lyon (Arabie saoudite) ou Bordeaux (Maroc).
Troisièmement, l’association devait s’adjoindre un assistant à maître d’ouvrage choisi d’un commun accord avec la mairie. Ce qui fut fait en la personne de… Marseille Aménagement – devenue la SOLEAM -, SEM de la ville de Marseille (présidée par Charles Boumendjil), qui planta littéralement le projet en se l’appropriant et le gonflant comme une baudruche.
Deux étapes suffisent à expliquer ce fiasco programmé.
Primo, le choix de l’architecte et de son projet. Le 26/06/2008, Marseille Aménagement constitue un jury formé d’architectes et d’ingénieurs, l’association ne disposant que de 4 voix sur 12. Le jury choisit à l’unanimité moins les 3 voix des membres de l’association (tous moins son président, acquis à la mairie) le projet du « Bureau d’Architecture Méditerranée », dit BAM, situé en face de la mairie (ayant réalisé le nouveau consulat d’Algérie et devenu spécialiste des mosquées marseillaises).
C’est ainsi que le projet architectural de grande mosquée de Marseille n’a même pas été choisi par les musulmans de Marseille !
Deuxio, dès le 10/02/2009, Pascal Rémy, de Marseille Aménagement, élaborait un projet de travaux de 10,5 ME HT, plus 25 % de « tolérance » et « imprévu », soit 13,125 ME HT, alors que le bail emphytéotique se fondait sur un prévisionnel de 8,574 ME HT de travaux (selon l’étude de l’architecte M. Khélif en mai 2007). L’ensemble du projet était chiffré à 18,4 ME HT, soit 22 ME TTC. Dont une série de provisions douteuses et la facture de l’architecte BAM, représenté par Maxime Repeaux, pour 9,93 % des travaux, soit 990.172 euros HT, plus deux missions dites complémentaires (synthèse et coordination) pour 199.430 euros HT, soit au total 1.189.602 euros HT, soit 11,93 % des travaux HT (l’usage étant entre 7 et 10 %, avec une moyenne autour de 8 %). Et la facture de Marseille Aménagement, estimée à 778.109 euros TTC (dont de remarquables doublons avec l’architecte).

C’est ainsi que l’association s’est retrouvée avec un projet qui n’est pas le sien et au coût exorbitant de 22 ME, qui ne peut être financé par un pays à plus de 2 ME. Et avec la contrainte supplémentaire de devoir débloquer 40 % de la somme pour démarrer les travaux.

Enfin, pour couronner le tout, le permis de construire élaboré par le BAM et Marseille Aménagement, délivré par la ville de Marseille le 24/09/2009 (soit 2 ans après la date prévue au bail alors que l’association devait payer entretemps ses loyers pour rien), était vicié, car outre des photographies il manquait un parking et/ou des transports publics pour accueillir les fidèles… ce qui paraît assez évident. Il fallut donc solliciter un permis complémentaire, accordé le 27/05/2011, pour que l’autorisation de construire fut valide, et de peu. Car ces permis furent annulés par jugement du tribunal administratif du 27/11/2011 (sur action de voisins et du FN), avant que la cour administrative d’appel les valide par un arrêt du 19/06/2012.

C’est ainsi que de 2007 à 2012, il fut impossible à l’association d’entreprendre quoi que ce soit, et qu’elle hérita en 2013 d’une situation impossible et malsaine, avec Marseille Aménagement et le BAM qui n’en finissaient pas de réclamer leurs factures, la mairie de Marseille qui avait retiré son soutien depuis un changement de président en juin 2010 (M. Ghoul succédant à M. Cheikh), des membres de l’association aux jeux troubles (comme Omar Djellil, qui somma en juillet 2010 l’Algérie de ne plus financer le projet, dénonça la campagne de dons et s’est rapproché depuis du FN), les révolutions arabes qui handicapaient les financements étrangers, les communautés musulmanes à Marseille qui ne pouvaient plus être sollicitées sans voir l’édifice se construire…

Au total, les fidèles, l’Algérie (160.000), le président Abdoulaye Wade (50.000) et la communauté comorienne (60.000) ont dû engloutir pas loin de 400.000 euros dans ce projet, répartis principalement entre la mairie, Marseille Aménagement et le BAM, sans que la construction de la grande mosquée ait commencé.

C’est pourtant un projet doublement d’intérêt général. D’abord pour répondre à l’état de nécessité de la pratique musulmane : seulement 73 mosquées, pour env. 30.000 pratiquants, soit 411 personnes en moyenne par mosquée, alors que seules 4 peuvent accueillir plus de 100 personnes.
Ensuite, la création d’une grande mosquée permettrait l’émergence d’un discours fort dans un cadre strictement républicain et pluraliste, discours dont l’utilité apparait manifeste vu les risques de radicalisation que subit Marseille, avec notamment au moins 3 mosquées salafistes (dont celle du 367 boulevard National, 3e, tenue par un ex-idéologue du FIS algérien).

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