Interdits de Marseille : musique, ballon, chiche-kebabs, alcool, plages en soirée…

Interdits de Marseille : musique, ballon, chiche-kebabs, alcool, plages en soirée…

A Marseille, lorsqu’on est confronté à un problème, on ne cherche pas la solution, on supprime.
Ainsi, il est interdit à Marseille centre (du Vieux-Port à la Plaine) de vendre des sandwichs après 23H, réglementation ahurissante au prétexte de l’insécurité que cette activité engendre, malgré que ces échoppes à kebab ne vendent pas d’alcool et soulagent plutôt des gosiers imbibés. Depuis 2002, le maire prend chaque année un arrêté prohibant cette activité. Cet arrêté a été annulé une première fois par le tribunal administratif pour absence de relation de causalité entre les chiche-kebabs et l’insécurité, puis ce même tribunal, changeant de composition, et même la cour d’appel de Marseille, ont validé les arrêtés suivants, convaincus par une note de deux pages de la police nationale au raisonnement limpide : moins y’a de gens dehors plus la ville est en sécurité, or les chiche-kebabs développent une activité nocturne, donc il faut les supprimer la nuit.

 

En revanche, s’il fallait lutter sérieusement contre l’alcoolisme, il serait si simple d’interdire la vente des bières à haut degré d’alcool (la 8,6% par ex.), au goût infect et destinées uniquement à saouler les buveurs les plus pauvres : 2 euros pour 50 cl, et c’est l’effet de quatre bières en instantané ! Mais les autorités ne font pas dans le discernement et ce qui a été décidé, par arrêté du maire du 22 mai 2013, c’est l’interdiction pure et simple de la vente d’alcool de 20H à 6H, dans un périmètre élargi, interdiction mal vécue (limitée aux seules alimentations générales) et mal appliquée …

 

Idem pour la musique, interdite avec des amplificateurs en extérieur dans toute la ville par un arrêté préfectoral du 23/10/2012, sauf dérogation du maire très difficile à obtenir et refusée dans des lieux qui s’y prêtent parfaitement, comme le cours Julien. N’importe quelle ville côtière et touristique possède ses places avec des musiciens qui jouent, au moyen de petites sonos convenablement réglées, et il n’y a qu’à Marseille où cette activité, pourtant saine et appréciée, est interdite. Résultat, cette ville manque cruellement de musique, et les seuls établissements organisant des concerts « sauvages » prennent des risques et ne tiennent pas longtemps.

 

On imagine mal le nombre de choses interdites par le maire de Marseille, comme si les règles normales de défense de l’ordre public ne suffisaient pas : interdiction de mendier (arrêté anti-mendicité du 14/10/2011, contesté devant le tribunal adm.), de distribuer des tracts ou documents de tous genres dans tout le centre-ville (arrêté du 17/01/2013), mais aussi de jouer au ballon et de pratiquer les sports de glisse (roller et skate) dans les lieux publics de quasi toute la ville (arrêté du 17/01/2003, not. place de la préfecture, fort appréciée des skaters, et place de l’Opéra, où les gamins du quartier jouent quotidiennement au foot).

 

Dans la même logique, de gauche ou de droite, les élus rivalisent d’imagination pour interdire aux gens de vivre. Ainsi, M. Mennucci, maire socialiste des 1er-7e arr., a-t-il eu la brillante idée l’été 2010 de demander la fermeture de la plage du Prophète à 1H du matin, pour éviter le tapage nocturne. Or la plage est fort éloignée des premières habitations, celles de quelques bourgeois parmi les plus aisés de Marseille, alors que le Prophète constitue la seule plage de sable proche du centre, permettant aux Marseillais de se retrouver et festoyer. Sans doute M. Mennucci, qui n’est jamais allé se baigner au Prophète et n’y a jamais passé la moindre soirée, préfère-t-il sacrifier le bonheur de centaines de personnes pour le confort de quelques électeurs…

 

Autre plage autre délire, celle des Catalans, rendue aux Marseillais en 2004 après 50 ans d’une scandaleuse gestion privée déléguée par la mairie à une famille Piétri (l’entrée coûtait 5 euros et les infrastructures n’ont pas été entretenues), est toujours et encore fermée à partir de 20H, les maîtres-nageurs expulsant les baigneurs de la mer à partir de 19H30, avant que les goëlands envahissent une plage libérée de l’homme (…mais pas de ses déchets). Pourtant, l’article L. 321-9 du code de l’environnement dispose : « L’accès des piétons aux plages est libre sauf si des motifs justifiés par des raisons de sécurité, de défense nationale ou de protection de l’environnement nécessitent des dispositions particulières. L’usage libre et gratuit par le public constitue la destination fondamentale des plages au même titre que leur affectation aux activités de pêche et de cultures marines ».
La mairie centrale invoque depuis 2004 des travaux qu’elle n’a toujours pas réalisés et une prétendue insécurité empêchant de se baigner à 20H, alors qu’à cette heure la plage est encore pleine. Le tribunal administratif avait certes annulé l’arrêté du maire limitant cet accès en 2004, mais un semblable arrêté est repris chaque année et il eût fallu attaquer à nouveau (l’association plaignante se découragea et préféra travailler en bonne intelligence avec la mairie…).

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