L’archipel du Frioul, un bijou mal-aimé des transports publics

L’archipel du Frioul, un bijou mal-aimé des transports publics

À quelques encablures du Vieux-Port, 15 minutes en navette maritime, l’archipel du Frioul, quartier du 7e arrondissement de Marseille et depuis 2013 partie du parc national des Calanques (seuls les espaces naturels terrestres étant au « cœur » du parc), semble un petit bout de paradis, mais n’est toutefois guère viable pour le quidam moyen. La navette Vieux-Port-Frioul est incontournable pour s’y rendre (sauf à utiliser son propre bateau mais sans avoir de lieu où le garer en ville) mais ses conditions de desserte et ses tarifs pénalisent les habitants comme les Marseillais, et dissuadent l’habitation, pourtant matériellement possible.
Pour habiter au Frioul, il faut rentrer avec la dernière navette de 20H30 pendant toute la basse saison ; pour embaucher à 8H30 en ville il faut prendre la navette de 7H05, la suivante étant à 8H15 ; pour inviter ses amis et leurs enfants, il leur faut payer 10,20 euros par personne, sans réduction possible et enfants compris, et il leur faut rentrer à 21H05 en basse saison ; pour tenir un restaurant au Frioul, il faut fermer le soir de novembre à avril et compter sur des clients déjà prélevés de 10 euros chacun ; pour effectuer le trajet avec vent force 6 à 8, le service est restreint à environ deux trajets par jour parce que les bateaux possèdent un fond plat, etc.

 

Ainsi, pas étonnant que le Frioul, qui compte environ 200 habitants pour 450 logements mais ni école, ni médecin, ni boulanger, soit essentiellement peuplé de jeunes retraités, pas trop jeunes pour en avoir terminé avec leur progéniture et leurs velléités professionnelles, pas trop âgés pour être en bonne santé. La particularité de cette desserte, confiée à If Frioul Express, filiale de Véolia, après que la CGAM ait été liquidée suite à une pratique de double billetterie (escroquerie qui a perduré des années), est qu’elle comprend à la fois le Frioul et le château d’If, monument historique géré par l’Etat et attirant une masse de touristes. De la sorte, la navette perd 10 minutes à chaque trajet pour desservir l’île d’If et utilise des bateaux surdimensionnés pour le seul Frioul. En fait, elle s’arrête à l’aller au château d’If lorsque celui-ci est ouvert (9H-17H) et au retour, les touristes du château d’If prennent une navette suivante, s’arrêtent au Frioul sans descendre (sauf à payer 5 euros de plus, autre aberration), et rentrent ensuite directement au Vieux-Port.

 
Les Frioulais sont néanmoins combatifs. Les commerçants réclament des améliorations, les 617 plaisanciers ou usagers du port idem, et il a même été créé la République Libre du Frioul, institution marseillaise mythique. Pour l’instant, MPM a daigné baisser le tarif soirée, qui passe l’été à 5,10 euros à partir de 19H, et a dû baisser le tarif des plaisanciers de 8 à 5 euros suite à un jugement n° 0703290 du 27/02/2012.

 

Ce qui fait aujourd’hui enrager les Frioulais, ce sont les deux dessertes Vieux-Port-Pointe rouge et Vieux-Port-Estaque effectuées sur des bateaux plus petits, légers et rapides, pour seulement 6 euros aller-retour, contre 10,20 au Frioul, alors que la distance est nettement plus grande, plus le droit aux correspondances RTM et la gratuité pour les détenteurs d’une carte Pass RTM.

 

Une réclamation générale a été présentée au nom d’un ensemble d’intéressés et d’associations le 19/06/2013 à MPM sur 14 points à améliorer (voir aussi les enquêtes de La Provence et La Marseillaise), qui n’a pas connu de réponse et fait donc l’objet d’un contentieux au tribunal administratif (voir aussi articles de La Provence et La Marseillaise).

 

Enfin, une autre urgence se dessine sur le Frioul : éliminer (ou fertiliser) le goéland ou « gabian », qui avec 8.000 couples rien qu’au Frioul monopolise les espaces et détruit les écos-systèmes au détriment des autres oiseaux, fragiles et invisibles. Une promenade en avril sur les plateaux du Frioul voit ces milliers de volatiles nidifier au sol de gros œufs verdâtres et il est impossible de marcher hors sentier sans se faire attaquer, de même qu’en plein Marseille ces gabians chassent les rats, ce qui en dit long sur la place restant aux autres espèces dans le tout nouveau parc naturel des Calanques…

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